L'inceste psychique ou psychologique, ça existe



Quand on parle d'inceste, on pense forcément à une atteinte physique. Pourtant, les mots, les gestes ou attitudes d'un adulte peuvent aussi être considérés comme une forme d'inceste. Une victime témoigne aux côtés d'Hélène Romano, spécialiste de la prise en charge des blessés psychiques.

“Papa s’était mis à genoux pour être à notre hauteur, son appareil photo porté en bandoulière. Il nous avait raconté des blagues pour nous faire rire. J’avais ri, sans retenue, pour lui faire plaisir, mais je n’avais pas envie qu’il prenne les photos. J’étais toute nue.” Dans le livre Papa tais-toi, publié chez Livio Éditions, Agathe Jouhanneau partage son expérience douloureuse de victime d’inceste psychique. Elle décrit comment, durant toute son enfance, son père lui racontait des histoires obscènes, lui montrait des photographies pornographiques, se glorifiait de ses exploits sexuels. “Mon papa que j’aimais tant était un prédateur, et j’ai été sa proie”, écrit-elle des dizaines d’année plus tard, après qu’un psy lui a expliqué qu’elle avait subi un viol psychologique. Mais de quoi s’agit-il ? 


Qu’est-ce que l’inceste psychique ?

“L’inceste psychique est une maltraitance psychologique intrafamiliale, expose Hélène Romano, psychothérapeute spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques. Contrairement à l’inceste physique, il n’y a pas de passage à l’acte mais des propos, des attitudes, une atmosphère où il n’y a aucun respect de l’intimité (laisser une salle de bain sans porte, ce qui vous contraint à vous laver en public) ou de la différenciation générationnelle (des mères qui s’habillent comme des clones de leur fille, des parents qui demandent à leur enfant des conseils pour créer leur profil sur un site de rencontres).” Alors que l’inceste physique induit une forme d’inceste psychique, il est fréquent que le parent incestuel ne passe jamais à l’acte. “Ce qu’il est important de comprendre c’est que l’impact psychotraumatique n’est pas lié à la gravité pénale, ajoute notre spécialiste. L’inceste psychique peut détruire un enfant tout autant qu’un inceste au sens pénal.

“C’est pervers et fait en toute impunité” : le témoignage d’Agathe Jouhanneau

En effet, au cours de notre interview, Agathe Jouhanneau nous confie le regret de sa “vie gâchée, de ces années de souffrance intolérable”. Elle a effectué plusieurs séjours à l’hôpital pour dépression nerveuse et état suicidaire, faisant face à des migraines terribles et des angoisses dont elle a longtemps ignoré les causes. Avant de comprendre ce qui m'était arrivé, j'étais, comme tout le monde ou presque, dans l'ignorance absolue de l'existence de l'inceste psychique. C'est extrêmement complexe parce que les coupables n'ont aucune conscience du mal qu'ils font, et ils pensent même faire du bien en partageant des choses avec leur enfant, ils se font plaisir en essayant de donner du plaisir. C'est pervers et fait en toute impunité. C'est seulement lorsque mon psy m’a dit ‘vous avez été victime d'un viol par votre père’ que, très choquée, j'ai cherché sur internet et découvert la définition du viol psychique.” 


Pas de chiffres officiels sur l’inceste psychique

La psychothérapeute Hélène Romano ajoute qu’il est difficile de reconnaître un patient qui a été victime d’inceste psychique. “Beaucoup de victimes se taisent par honte, culpabilité, crainte ou identification à l’agresseur. Il faut du temps car ces personnes sont placées dans un état de confusion des places, elles peuvent présenter des états de dissociation psychique et se trouvent même certaines fois qualifiées de bipolaires ou autres psychoses… Les professionnels restent trop peu formés à cette symptomatologie.” Il n’existe aucune statistique officielle sur le sujet mais les jeunes enfants et les enfants handicapés, étant les plus vulnérables, sont les plus concernés. Par ailleurs, l’inceste psychique (comme l’inceste physique) a lieu dans tous les milieux sociaux. 

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“Ouvrir les yeux des victimes et des coupables”

Notre spécialiste précise que le concept d’inceste psychique n’existe pas dans le code pénal. “Toutes les plaintes sont classées… C’est pourquoi il est important de permettre aux victimes de comprendre que la réparation judiciaire n’est pas synonyme de restauration psychique. Il faut réussir à mettre des mots sur l’indicible, comprendre ce qui leur est arrivé en étant aidé par un thérapeute. Mais attention aux ‘victimologues’ et aux dérives sectaires… Les personnes qui ont subi ce type de violences sont très vulnérables psychiquement et s’avèrent des proies faciles.” Agathe Jouhanneau a décidé d’écrire Papa tais-toi quand elle s’est aperçue à quel point le sujet était inconnu du grand public. Mon but est non seulement de faire connaître ce gâcheur de vie mais aussi d'ouvrir les yeux et des victimes et des coupables”, commente-t-elle. Aujourd’hui, elle se sent fière du chemin qu’elle a parcouru et de la lutte qu’elle a menée pour sortir de ses névroses. “Je n'oublie pas, il ne faut pas oublier, mais j'essaie de vivre le mieux possible chaque instant. Et peut-être que, grâce à mon livre, quelque part sur Terre, un père arrêtera de s'adresser à sa fille comme si elle était sa maîtresse, peut-être qu'une fille pourra apprendre à dire NON à son père… C'est tout ce que je souhaite.” 


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