Un homme condamné pour avoir agressé sexuellement sa fille la nuit du nouvel an à Bellac


Quatre minutes. 240 secondes pendant lesquelles la vie d'une enfant de 12 ans a basculé. Victime de son père, dans la nuit du 31 décembre 2018 au 1er janvier 2019.

Dans la maison familiale de Bellac, le réveillon s'achève. Pour permettre à ses invités de rester dormir, l'homme de 59 ans leur a laissé son lit. Il a installé un couchage d'appoint dans la chambre de son enfant. « Avant de me coucher, j'ai voulu dire bonne nuit à ma fille, dormant dans son lit. Je suis tombé sur elle sans faire exprès. C'est alors que je l'ai embrassée et me suis allongé à ses côtés. Comme elle se laissait faire, j'ai continué », raconte-t-il à la barre du tribunal correctionnel de Limoges, ce vendredi. 

« Elle s'est levée en pleurant »

Auditionnée quelques jours plus tard, la jeune fille explique aux gendarmes qu'elle faisait semblant de dormir. Elle observe son père, qui reconnaitra rapidement les faits. Il l'embrasse, la caresse et lui insère des doigts dans le sexe. Quatre minutes certainement interminables. « À un moment, elle en a eu marre. Elle s'est levée en pleurant, pour se réfugier dans la salle de bain », explique la présidente du tribunal. 

Ses deux grands frères l'entendent et la voient. Leur mère, séparée du prévenu depuis 2008, est avertie. Elle déposera plainte le lendemain. La victime révèle que son père lui touche régulièrement les seins et les fesses depuis quelques mois. « Elle n'en parlait pas car elle pensait que c'était pour rire, et avait beaucoup d'affection pour vous. Sa mère lui avait dit de se méfier de vous », rappelle la présidente du tribunal. 

« On ne dort pas avec sa fille à cet âge ! »

Face à elle, le prévenu tremblote. « Même si ce n'est pas une excuse, j'étais alcoolisé ce soir-là. Je me dégoûte, j'ai beaucoup de regrets. Je suis incapable d'expliquer mon comportement, même si je sais que ce n'est pas normal. » Le procureur et les juges, abasourdis, s'interrogent : « On ne dort pas avec sa fille à cet âge ! C'est un viol ! Vous auriez pu lui déchirer l'hymen ! Que ce serait-il passé si votre fille n'était pas partie ? »

Le prévenu, qui n'a pas eu de relation sexuelle depuis douze ans, reste sans voix. Seul un faible « rien » sort de sa bouche. « Votre fille aurait pû être déflorée par son père à 12 ans, pour bien commencer l'année 2019 », déplore la présidente. « Comment va-t-elle vivre ses relations amoureuses à présent ? »


« Elle est en colère »

Plus d'un an après les faits, père et fille ne se sont toujours pas revus. « Je vois juste mes fils régulièrement. On n'a jamais eu l'occasion de parler de ça ensemble », ajoute le prévenu, qui ne voit pas l'intérêt de suivre des soins. 

L'enfant a fait une tentative de suicide, le 28 janvier 2019. « Cette nuit a été une souffrance patente. Il y a depuis un mal-être évident. Elle est en colère. Elle est aussi incapable d'avoir le moindre contact avec vous, alors qu'elle vous portait un amour et une affection immenses », souligne le représentant des parties civiles. 

Un acte qui étonne d'autant plus la curatrice du prévenu depuis 2013, entendue par le tribunal. « Il parle souvent de ses enfants, il souhaite le meilleur pour eux. Je ne l'avais jamais vu avoir des comportements ou propos déplacés. »

Un risque de réitération limité

Le tribunal a ordonné le retrait total de l'autorité parentale sur sa fille. Le prévenu écope également de 12 mois de prison avec un sursis probatoire de deux ans, avec l'obligation de soins, la réparation des dommages et l'interdiction d'entrer en contact avec sa fille. 

Si la peine peut paraître légère pour certains, elle s'explique tout d'abord par l'absence de défloration. Le représentant du ministère public a également estimé que le prévenu n'avait pas de pathologie mentale, le risque de réitération étant limité. « L'acte est plus lié au contexte qu'à une appétence sexuelle pédophilique », a-t-il requis, demandant les 12 mois de prison assortie du sursis probatoire. 

 

Thibaud Delafosse